Biochimie, Biologie, Evolution, Microbiologie

Donner naissance : toute une histoire !

Transformations, dessin de Maëly

EPISODE 1 : Fabriquer un autre

La reproduction des êtres vivants :

- «  Oui, on sait, on sait, y’a ceux qui pondent des œufs pis y’a ceux qu’en pondent pas, comme nous quoi…. »

Me direz-vous.  Et je vous répondrais :

- « oui …. Et non ! »

Il est vrai que sur ce sujet, d’anciennes réminiscences qui datent du temps des cartables et des billes à la récré nous rappellent vaguement quelques définitions apprises par cœur : les ovipares sont les animaux qui pondent des œufs, et les vivipares sont ceux qui accouchent d’un bébé tout entier tout terminé, et quelques exemples classiques à souhait pour illustrer le propos : la poule pour la première catégorie, le tigre ou le chien pour la seconde.

Évidement à vous entendre je ne pourrais m’empêcher de venir remuer un peu ces idées reçues bien calées  dans le fond de vos boites crâniennes, et de ramener ma science (aussi humble soit-elle …) ! Je vous dirais qu’il est rare que la vie soit si facile à « mettre dans des cases », même si ça nous aurait bien arrangé : on range d’un côté ceux qui font ci, d’un côté ceux qui font ça, et hop, c’est plié ! Et bien non, c’est comme si on voulait que tout soit noir ou blanc, plutôt qu’il existe une multitude de couleurs se fondant les unes dans les autres en dégradé. Bref, la vie est plutôt palette de couleur que film en noir et blanc vous l’aurez compris, et c’est tant mieux pour nos beaux yeux ! La preuve en image. »

Combien faut-il être pour faire un bébé ?

Je suppose que vous avez tous à l’idée que pour faire un bébé, bah… faut être deux, et puis faut être bien muni ! Mais, il y a 3,8 milliards d’années, aux premiers frémissements de la vie, il n’ y avait que des bactéries ! Et avez-vous déjà vu un sexe chez une bactérie ? Voyez plutôt sur cette photo de famille :

staphylocoques_web Staphylocoques dorés, Staphylococcus aureus bactéries responsables d’infections nosocomiales et d’intoxications alimentaires.

Et non, la soupe primitive (c’est ainsi qu’on appelle la « flaque d’eau » dans laquelle sont apparus les premiers êtres vivants) n’était pas une partouze générale puisqu’il n’y avait pas encore de sexes (d’organes sexuels j’entends), par contre la mer (mère ?) primordiale était bel et bien une maternité en puissance ! Les bactéries, les premiers êtres vivants à être apparus, se multiplient par … division ! Et oui, voilà de quoi donner du fil à retordre à vos cours de maths … Et comme une bactérie n’est composée que d’une seule cellule, on peut dire qu’elle se coupe en deux pour donner naissance à ce qu’on appelle des « cellules  filles », soit ici :

1 divisé par 2 = 2.

Les « cellules filles » se diviseront également, ainsi que leur descendance. Ainsi chaque génération multiplie par deux la population, le tout à une vitesse fulgurante (de quelques minutes à quelques semaines) ! Efficace, non ?

 

EPISODE 2 : Je te fais à mon image

 

En somme, on peut se reproduire au sens strict du terme : en faisant une simple copie de soi-même. Pendant longtemps, le fait de « produire » des descendants n’a pas eu d’autre sens que ça, et ce système continue d’être la règle chez beaucoup d’organismes vivants. Donc il n’y a pas de sexe au sens propre, on parle alors de reproduction asexuée, ou de multiplication pour les végétaux. En voici quelques exemples.

Des clones biens accrochés :

Les hydres sont des animaux à plusieurs cellules, comme nous. Adultes, ils ressemblent à des végétaux, et sont à la fois mâle et femelle. Ils sont capables de créer de petits clones d’eux-mêmes appelés bourgeons, sans intervention de spermatozoïdes ni d’ovules. Les « bébés bourgeons » les plus téméraires se détachent et vont former un nouvel individu,  mais d’autres plus casaniers restent collés à l’hydre parent, grandissent sur elle et y restent toute leur vie ! D’autres peuvent venir agrandir la famille, et c’est ce qu’on  appelle une colonie.

Capture d’écran 2017-06-28 à 19.49.28 Capture d’écran 2017-06-28 à 19.50.29 Capture d’écran 2017-06-28 à 19.49.35

Dans les jupes de sa mère

Capture d’écran 2017-06-28 à 19.59.54

Voici une plante du genre Alpinia, une proche cousine du gingembre et du curcuma, qui se la joue genre « bactérie » pour faire ses enfants. Plutôt que de faire des graines, comme le ferait tout végétal qui se respecte, elle ne s’embarrasse pas : elle fait pousser ses petits sur elle. Dans le lieu où se font normalement les graines par fécondation, c’est-à-dire la fleur, vont pousser directement des bébés plantes qui commencent déjà à fleurir alors qu’elles sont encore accrochées à maman ! Puisqu’il n’y a pas eu reproduction, ce sont donc des clones !

Episode 3 : Un bébé oui, mais pas le même que moi !

Mais, vous l’aurez compris si vous avez lu les épisodes précédents, dans les cas de l’hydre, des bactéries ou de l’alpinia, les enfants sont des clones, ce sont les mêmes que leurs parents. Mais alors, comment en est-t-on finalement arrivé à une telle diversité d’individus ? Comment la vie a-t-elle réussit à produire de la différence ?

On doit à l’évolution une bien belle invention qui n’est pas passée inaperçue : le sexe ! En bref, on peut le résumer au fait que cette fois, un individu et un autre créent ensembles un troisième individu, soit :

1 + 1 = 3

Encore de quoi mettre sens dessus dessous vos connaissances mathématiques  …

Pour ce faire, il faut une pincée de maman, un petit zeste de papa, mélanger le tout et laisser reposer. La pincée et le zeste en question sont ce qu’on appelle des gamètes : ceux du mâle sont appelés « spermatozoïdes », et ceux de la femelle « ovules ».

Il était une fois, la vilaine petite méduse …

C’est l’histoire de la méduse Obélia qui, comme le petit canard du conte pour enfant, pourrait ne pas être reconnue par son parent … tant elle ne lui ressemble pas ! Je dis son parent car, en effet, un individu est hermaphrodite, il porte les deux sexes. Et pourtant, il n’y a pas d’erreur possible, le parent c’est bien ce joli polype rose sur la photo. Il appartient au groupe des hydres. Pour se reproduire, la zone papa envoie ses spermatozoïdes dans l’eau, c’est au courant marin de les amener à la zone maman a qui revient le reste du travail : le lâcher de méduses après fécondation des gamètes !

Capture d’écran 2017-06-28 à 21.33.02 Capture d’écran 2017-06-28 à 21.32.52

Les mille et une naissances

La reine des termites, elle, n’a pas deux sexes, mais un : c’est une femelle. Il lui faut donc un mari pour faire des petits … Et combien de petits ! Ni le surpoids de Madame et ses 12 cm qui la privent de tout déplacement, ni le fait que Monsieur soit sept fois plus petit qu’elle, ne l’empêchent de déposer environ 30.000 ovules par jour devant Monsieur (un toute les 2 secondes), qui les fécondera de ses spermatozoïdes. Le couple a donc à la fin de sa vie qui dure en moyenne 10 à 30 ans … plusieurs millions d’enfants ! Sans compter les premiers nés, qui auront servis de repas au couple royal affamé par leur première installation.

Capture d’écran 2017-06-28 à 21.36.56

Episode 5 : Je te touche, tu me touches

maxresdefault

! Attention, certains propos peuvent heurter la sensibilité des lecteurs !

Je vous sens un peu déroutés par ce que vous avez appris dans les épisodes précédents … Car tous les êtres vivants que l’on vient de voir font des petits … presque sans se toucher ! L’empire de la timidité quoi … Or vous, quand vous pensez sexe, vous pensez rapport sexuel bien sûr. Mais vous voyez, ce n’est pas la règle générale : la plupart des organismes vivants se contentent d’avoir des gamètes (ovules ou spermatozoïdes) et un orifice de sortie pour les lâcher directement dans l’environnement, au petit bonheur la chance, pourvu qu’ils se rencontrent ! C’est ce qu’on appelle la fécondation externe. Pour passer de la fécondation externe à la fécondation interne (c’est à dire mettre ses gamètes dans l’un des deux partenaires pour que l’embryon se développe à l’intérieur de lui), il n’y a qu’une chose à faire : se rapprocher. Voici les premiers pas de quelques espèces pour tenter une approche …

Fais-moi dans la bouche !

Chez certains poissons, les œufs ne sont pas complètement laissés à l’abandon. Au début mâle et femelle libèrent respectivement spermatozoïdes et œufs dans l’eau, jusque là on connaît le principe. Mais après la fécondation, monsieur gobe le tout ! Non pour se nourrir, (au contraire, il va passer plusieurs jours à plusieurs mois sans s’alimenter), mais pour protéger ses petits œufs d’éventuels dangers. Le jour de l’éclosion, y’a plus qu’à faire un grand « AAAAAAAAAH ! » et OUST ! Tout le monde dehors. Et si par malheur les bébés tout juste nés ne se sentent pas encore en sécurité, papa n’est jamais loin et n’a qu’à rouvrir la bouche pour les abriter à nouveau, le temps qu’ils se rassurent.

Capture d’écran 2017-06-30 à 22.02.27

L’un de ces papas-poissons un peu papa-poule sur les bords, le cardinal de Banggai, va même jusqu’à se faire pondre directement dans la bouche par madame (c’est plus … direct) ! Et une fois les petits cardinal (cardinaux ?) prêts à sortir, il ne se résoudra pas tout à fait à se défaire de sa responsabilité parentale et les confiera à une nounou oursin.

En mâle d’être mère…

Les hippocampes sont des poissons sans écailles, mais pas sans originalité ! Plutôt que de lâcher les gamètes à même le courant marin, pourquoi ne pas se mettre ventre contre ventre, et les confier à l’un des deux partenaires ? Et c’est ce qu’ils ont fait, madame pondant directement dans « l’utérus » de monsieur. Celui-ci va alors directement les féconder en lâchant ses spermatozoïdes dans sa poche, et du même coup tomber « enceint ». Le développement des petits dure deux à trois semaines, et le jour venu, l’accouchement de papa peut durer plusieurs jours.

Capture d’écran 2017-06-30 à 22.05.31

Avoir ses enfants dans la peau 

Les crapauds du Suriname sont des amphibiens tout plats. Pendant l’accouplement, (qui, au passage, dure 12 heures), le mâle s’agrippe au dos de la femelle. Celle-ci émet des œufs, le mâle les féconde puis à l’aide de ses pattes il les  insère directement … dans le dos de maman crapaud ! La mère garde alors ses œufs dans les creux de la peau de son dos. Les petits s’y développent, éclosent et « naissent » lorsqu’ils ont atteint environ 2 cm et qu’ils ont déjà de petites pattes qui dépassent du dos de maman. De là à accuser monsieur crapaud de lui avoir fait des enfants dans le dos, il n’y a qu’un pas …

Capture d’écran 2017-06-30 à 22.04.06Capture d’écran 2017-06-30 à 22.04.49

Mots-clefs :, , , , , , , , , ,

A propos de sciencedessusdessous

Mes diplômes reflètent bien mon intérêt et ma curiosité pour les domaines tant artistiques (bac L Arts Plastiques, Master en Education Socio-Culturelle), que scientifiques (BTS Gestion et Protection de la Nature, Licence de Biologie des Organismes et des Écosystèmes), en particulier pour l'écologie et la biologie. Après une courte expérience professionnelle dans l'illustration scientifique, je me dirige vers l'animation scientifique, puis la médiation scientifique. Je travaille pour le Muséum National d'Histoire Naturelle à Paris sur les questions relatives à l'évolution et à la biodiversité, avant d'être recrutée sur un poste d'enseignante de biologie - écologie en lycée agricole. Je profite désormais de mes vacances scolaires pour dessiner, et écrire ce blog. Je vous souhaite une excellente navigation !

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus